top of page

Dermatose nodulaire : Comment l’injustice et la tristesse se sont installées dans nos champs ?

  • Photo du rédacteur: Carla T
    Carla T
  • 23 sept. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 déc. 2025

Depuis juin, une profonde tristesse a envahi notre village pourtant si paisible et ressourçant. Notre havre de paix a été submergé par le désarroi, la colère et le chagrin.


Au milieu du chaos, une solidarité est née. Chaque jour, depuis plusieurs semaines maintenant, des centaines de personnes du coin et de toute la France, échangent, se soutiennent, s’entraident, partagent leurs frustrations, leurs interrogations. Toujours avec le même objectif, essayer de sauver les vaches, aider les éleveurs et tenter d’arrêter ce qu’on peut clairement qualifier de massacre.


Qu'est-ce que la dermatose nodulaire contagieuse ?


Par où commencer, mi-juin, ma voisine me raconte qu’un éleveur du village a vu ses 60 vaches se faire euthanasier du jour au lendemain sans qu’il ait le temps de dire ouf et de comprendre... La raison ? Une de ses vaches était contaminée par la dermatose nodulaire, une maladie venue d’Afrique qui est passée par l’Italie et a atterri du jour au lendemain en France, plus exactement à Cessens. Un petit village d’Entrelacs, entouré de champs dans lesquels pâturent (habituellement) des centaines de vaches.

Cette maladie touche les bovins, elle est transmise par une mouche, un taon qui transporte le virus et rend les vaches malades après les avoir piquées. Le risque que les vaches se le transmettent entre elles est très limité. Il faut la piqure du taon pour les contaminer.


Un virus inoffensif pour l’homme qui n’empêche ni la viande ni le lait d’être consommable mais un virus quand même. Alors pour “ne pas prendre de risque” notre ministre de l’Agriculture, notre préfète de Savoie et d’autres décisionnaires ont fait le choix de l’abattage systématique des troupeaux ENTIERS dès qu’une vache est malade.

L’objectif de l’abattage serait d’éradiquer la maladie mais aussi vrai que le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté à la frontière, les taons eux peuvent voler, être transportés, se déplacer.


Début juillet, un de mes voisins, éleveur de Cessens apprend que deux de ses vaches sont malades, alors avec un professionnalisme à toute épreuve, il fait euthanasier ses deux vaches, met en quarantaines ses 90 autres vaches, sous d’énormes ventilateurs pour éviter que les insectes puissent entrer dans l’étable. Et tous les jours, lui et son équipe surveillaient ses magnifiques bêtes qu’il chérit tant.


Mais là-haut ils en décident autrement, alors sans même descendre de leur bureau, sans même essayer de comprendre, ils n’en démordent pas, les vaches de ce jeune éleveur seront tuées. C’est à ce moment-là qu’une solidarité nait, on se rassemble, les gens du village, des villes alentours et même de l’autre bout de la France, tout le monde se réunit pour montrer son désaccord et essayer de sauver les vaches, le savoir-faire de l’éleveur, l’économie locale et tout ce que représente le magnifique travail de tous les éleveurs.


Dans toute cette solidarité, grandit l’espoir, on apprend que les textes ont été mal traduits et que l’abattage systématique n’est pas nécessaire... mais aussi qu’une vache qui était malade chez un autre éleveur commence à se rétablir. Malheureusement, ils ne reviendront pas sur leur décision. On ne saura jamais si cette vache aurait pu survivre avec ses défenses immunitaires puisque Annie l’a fait tuer.



Plusieurs fermes résistent et donnent tout pour sauver les vaches. Mais les éleveurs sont menacés par de lourdes amendes et de perdre leurs indemnités s’ils continuent de résister. Gendarmes et CRS sont envoyés en nombre pour s’assurer que personne ne s’oppose à l’abattage. Oui, vous avez bien lu, on envoie des militaires dans des fermes pour faire tuer des animaux en bonne santé. Alors les éleveurs de Cessens, ceux des villages environnants et de tout le département sont obligés de baisser la garde et laisser partir les bêtes qu’ils chérissent depuis plusieurs générations.

Pour une ou deux vaches malades, des troupeaux entiers sont tués. Aussi fou que cela puisse paraître, des veaux, des génisses, des vaches en train de vêler et en parfaite santé sont tués par des vétérinaires.



En conférence de presse, les décideurs annoncent qu’ils ont fait venir le vaccin en un temps record et que bientôt tout ça sera derrière nous.

Sauf que malgré “la campagne de vaccination mise en place en un temps record”, l’état continue d’anéantir des troupeaux entiers. Et alors qu’on pensait pouvoir souffler un peu, les dernières vaches du village pourtant vaccinées sont tuées.


C’est catastrophique ! Et même avec toute l’empathie du monde, on ne peut pas s’imaginer la souffrance que peuvent ressentir ces éleveurs.


Tristesse. Colère. Incompréhension. Impuissance. Abandon.


J'entends encore ce monsieur demander aux journalistes d’être plus précis, plus réalistes quand il s’agit de retranscrire l’indignation et l’émotion ressenties au sein des fermes qui ont tout perdu et aux alentours.


Pour faire simple,


Quand un titre dit “Dermatose nodulaire : en Savoie, la politique sanitaire mal vécue par des éleveurs” <-la politique sanitaire n’est pas juste “mal vécue” ! Elle révolte, elle fait souffrir, elle a été mise en place avec une violence inouïe, avec mépris et sans explication.


Quand on peut lire : “Dermatose nodulaire contagieuse : 49 foyers déjà "dépeuplés" sur les 51 détectés en Savoie et en Haute-Savoie” le mot foyer est bien choisi, il arrange car il minimise, ici le nombre 49 cache celui-ci : plus de 1500 vaches tuées mais pas 1500 vaches malades encore une fois puisque pour une vache malade, ils font abattre tout le troupeau.


On pourrait encore faire cela pour des centaines d’articles. Mais peut-être que pour comprendre, il fallait être là. Peut-être que pour réaliser, il fallait voir les champs se vider petit à petit. Peut-être que pour concevoir, il fallait voir les gendarmes entourer les champs pour délimiter ce qui sera le couloir de la mort des troupeaux. Peut-être que pour l’imaginer, il fallait voir ces pinces géantes attraper des vaches une à une et voir ces vétérinaires rigoler entre eux sans une once d’empathie. Peut-être que pour mesurer, il fallait constater l’hypocrisie de cette ministre posant avec un veau en photo tout en faisant abattre des dizaines d’autres. Peut-être que pour compatir, il fallait savoir que les animaux possèdent une conscience, des ressentis et qu’à l’instant où les deux premières vaches se faisaient abattre, les cinquante autres stressaient de ce qui les attendait.


Eux là-haut, n’ont rien compris ou ont fait semblant de ne pas entendre. À travers leurs actions, ils ont assumé leur incompétence. Tout a commencé en juin, nous sommes fin septembre et des vaches se font encore tuer, dans l’Ain, en Isère, dans le Jura, dans la Loire ou encore dans le Rhône. Oui parce que aussi vrai que le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté à la frontière, les taons eux peuvent voler, être transportés, se déplacer.


Ici le village n’oubliera jamais le mépris de ces personnes qui ont pris les décisions, ces personnes qui ont abandonné lâchement ces éleveurs et qui ont assassiné ces vaches en pleine forme.


À l’heure où l’on entend que la division, l’individualisme sont les maitres mots, on n'oubliera jamais toutes ces personnes qui se sont réunies, toutes ces personnes qui échangent encore tous les jours pour faire changer les choses, ces syndicats qui se battent pour trouver des solutions ainsi que le courage de ces éleveurs qui font chaque jour un travail admirable et plus que nécessaire.


Tout mon soutien aux éleveurs.

 
 
 

Commentaires


bottom of page